La première blague de l'histoire : aux origines de l'humour humain
Introduction
Depuis que les êtres humains racontent des histoires, ils aiment aussi faire rire. L'humour accompagne les civilisations depuis des millénaires et traverse les époques sous des formes très variées : jeux de mots, histoires absurdes, satire, caricatures ou encore plaisanteries du quotidien. Pourtant, une question intrigue historiens et passionnés : quelle est la plus ancienne blague connue de l'humanité ?
Il est évidemment impossible de savoir quelle fut la toute première plaisanterie racontée autour d'un feu de camp, plusieurs milliers d'années avant l'invention de l'écriture. Cependant, grâce aux tablettes d'argile, aux papyrus et aux premiers textes conservés, il est possible de retrouver les plus anciennes blagues écrites de notre histoire.
Certaines d'entre elles paraissent étonnamment modernes. D'autres semblent incompréhensibles pour un lecteur contemporain, tant elles reposent sur les habitudes ou les croyances de leur époque. Toutes témoignent néanmoins d'un fait fascinant : malgré les siècles qui nous séparent de leurs auteurs, les humains n'ont jamais cessé de plaisanter.

Cet article propose de remonter plusieurs millénaires en arrière afin de découvrir la première blague connue, le contexte dans lequel elle est apparue et ce qu'elle révèle sur les sociétés anciennes.
Pourquoi est-il si difficile de retrouver la première blague ?
Avant l'apparition de l'écriture, les histoires étaient transmises oralement. Les plaisanteries faisaient partie de ces récits racontés lors des repas, des fêtes ou des cérémonies.
Malheureusement, la parole ne laisse aucune trace matérielle.
Lorsque l'écriture apparaît vers 3400 avant notre ère en Mésopotamie, les premiers textes concernent principalement :
- les échanges commerciaux ;
- les impôts ;
- les récoltes ;
- les lois ;
- les affaires religieuses.
- Les récits humoristiques étaient rarement considérés comme suffisamment importants pour être gravés sur la pierre ou inscrits sur des tablettes d'argile. C'est pourquoi les témoignages sont relativement rares.
Une découverte surprenante
Au début des années 2000, plusieurs chercheurs spécialisés dans les civilisations antiques ont rassemblé les plus anciennes plaisanteries connues.

Leur travail a permis d'identifier une blague sumérienne vieille d'environ quatre mille ans.
Cette plaisanterie daterait approximativement de 1900 avant notre ère, même si son origine orale pourrait être bien plus ancienne.
Elle est aujourd'hui considérée comme la plus ancienne blague écrite connue.
Les Sumériens, pionniers de l'écriture
Pour comprendre cette découverte, il faut d'abord s'intéresser aux Sumériens.
Installés dans le sud de la Mésopotamie, entre le Tigre et l'Euphrate, ils ont développé l'une des premières grandes civilisations de l'histoire.
Ils sont notamment connus pour :

- l'invention de l'écriture cunéiforme ;
- la création de grandes cités ;
- leurs avancées en mathématiques ;
- leurs connaissances en astronomie ;
- leurs importantes réalisations architecturales.
- Les scribes gravaient les textes sur des tablettes d'argile à l'aide d'un roseau taillé en pointe. Beaucoup de ces tablettes ont été conservées grâce au climat sec de la région.
La plus ancienne blague connue
La célèbre plaisanterie sumérienne est souvent traduite de la manière suivante :
> « Une chose qui n'est jamais arrivée depuis des temps immémoriaux : une jeune femme n'a pas pété sur les genoux de son mari. »
Cette phrase peut surprendre le lecteur moderne.
Elle ne ressemble pas aux histoires drôles actuelles avec une chute élaborée.
Pourtant, elle reposait probablement sur un effet de surprise. Elle évoquait une situation jugée universelle : même les personnes les plus élégantes restent des êtres humains.
L'humour scatologique existait donc déjà il y a près de quatre mille ans.
Pourquoi cette plaisanterie faisait-elle rire ?
L'humour évolue avec les sociétés.
Certaines plaisanteries traversent les siècles, tandis que d'autres deviennent difficiles à comprendre.
Dans le cas de cette blague sumérienne, plusieurs éléments expliquent son succès probable.
Tout d'abord, elle renverse une attente. L'expression « une chose qui n'est jamais arrivée » laisse imaginer un événement extraordinaire.
Au lieu d'un miracle ou d'un exploit héroïque, la chute évoque une situation domestique très banale.
Le contraste constitue précisément l'effet comique.
L'humour scatologique à travers les siècles
Contrairement à ce que l'on pourrait croire, les plaisanteries portant sur les fonctions naturelles du corps ne sont pas propres à notre époque.
On en retrouve dans de nombreuses civilisations :
- chez les Égyptiens ;
- dans la Grèce antique ;
- à Rome ;
- au Moyen Âge ;
- dans les recueils populaires de la Renaissance.
- Si ce type d'humour continue d'exister aujourd'hui, c'est parce qu'il repose sur des expériences universelles.
Chaque génération finit par rire des mêmes situations embarrassantes.
Les autres blagues les plus anciennes
La plaisanterie sumérienne n'est pas la seule à avoir traversé les millénaires.
Les historiens ont retrouvé d'autres textes humoristiques datant de l'Antiquité.
Parmi eux figurent :
- des devinettes babyloniennes ;
- des histoires égyptiennes mettant en scène des pharaons ;
- des plaisanteries grecques ;
- des anecdotes romaines racontées lors des banquets.
- Ces textes montrent que toutes les grandes civilisations accordaient une place importante au divertissement.
L'humour dans l'Égypte ancienne
Les anciens Égyptiens appréciaient eux aussi les histoires amusantes.
Certaines racontaient les maladresses de personnages importants.
D'autres reposaient sur des jeux de mots difficiles à traduire aujourd'hui.
Quelques papyrus évoquent même des situations volontairement absurdes destinées à provoquer le rire.
Ces récits démontrent que l'humour faisait partie de la vie quotidienne, y compris dans une civilisation souvent perçue comme très solennelle.
Les Grecs et l'art de la plaisanterie
La Grèce antique a largement contribué au développement de la comédie.
Les dramaturges écrivaient des pièces destinées à faire rire le public tout en critiquant les travers de la société.
L'humour devenait alors un outil permettant :
- de commenter la politique ;
- de se moquer des puissants ;
- de caricaturer certaines professions ;
- de divertir les citoyens.
- Cette tradition influencera durablement la littérature européenne.
Les Romains et les recueils de blagues
Les Romains appréciaient particulièrement les bons mots.
Des ouvrages entiers regroupaient des centaines de plaisanteries racontées dans les repas ou les bains publics.
Certaines ressemblent étonnamment aux histoires courtes racontées aujourd'hui.
On y retrouve :
- des personnages naïfs ;
- des médecins maladroits ;
- des avocats bavards ;
- des professeurs prétentieux.
- Les mécanismes humoristiques n'ont finalement que peu changé.
Les difficultés de traduction
Lire une plaisanterie vieille de plusieurs milliers d'années n'est pas toujours simple.
Les traducteurs doivent tenir compte :
- des expressions disparues ;
- des références culturelles ;
- des doubles sens ;
- des jeux de mots ;
- des habitudes de l'époque.
- Il arrive qu'une phrase qui faisait rire toute une population semble aujourd'hui totalement mystérieuse.
Inversement, certaines plaisanteries continuent de fonctionner malgré les siècles.
Ce que révèle cette première blague
Au-delà de son aspect amusant, cette découverte apporte de nombreuses informations sur les sociétés anciennes.
Elle montre notamment que :
- les habitants de la Mésopotamie avaient le sens de l'autodérision ;
- la vie familiale inspirait déjà les plaisanteries ;
- les émotions humaines évoluent moins vite que les technologies ;
- les préoccupations quotidiennes restent étonnamment similaires.
- Le rire constitue ainsi un précieux témoignage de la vie ordinaire, souvent absent des documents officiels.
Pourquoi l'humour traverse-t-il les époques ?
Les civilisations changent, les langues disparaissent et les empires s'effondrent.
Pourtant, certains mécanismes humoristiques demeurent.
Le contraste, l'exagération, l'absurde ou encore l'effet de surprise provoquent toujours des réactions comparables.
Cela explique pourquoi certaines histoires vieilles de plusieurs siècles continuent d'amuser les lecteurs contemporains.
L'humour constitue sans doute l'un des héritages culturels les plus universels.
La première blague est-elle vraiment la première ?
En réalité, il est plus exact de parler de la plus ancienne blague écrite connue.
Des milliers de plaisanteries ont certainement existé bien avant celle des Sumériens.
Elles ont simplement disparu faute d'avoir été mises par écrit.
Chaque découverte archéologique peut encore modifier notre connaissance de l'histoire de l'humour.
Il n'est donc pas impossible qu'une plaisanterie plus ancienne soit retrouvée un jour sur une tablette encore enfouie sous le sable.
Les plus vieux rires de l'humanité
Imaginer cette blague racontée il y a quatre mille ans est fascinant.
Autour d'une table, dans une maison de briques crues ou sur la place d'une cité mésopotamienne, quelqu'un prononce cette phrase et provoque les rires de son entourage.
Des siècles passent.
Les royaumes disparaissent.
Les langues changent.
Pourtant, cette courte plaisanterie survit grâce à une simple tablette d'argile.
Elle nous rappelle que, malgré les immenses différences entre les époques, les êtres humains partagent les mêmes émotions fondamentales.
L'héritage de l'humour ancien
Les premières blagues ont ouvert la voie à une tradition qui ne s'est jamais interrompue.
Aujourd'hui, les plaisanteries circulent en quelques secondes sur les réseaux sociaux, les vidéos humoristiques sont vues par des millions de personnes et les humoristes remplissent des salles de spectacle partout dans le monde.
Le support a changé, mais le principe reste identique : raconter une histoire inattendue pour provoquer le rire.
En observant les plus anciens textes humoristiques, on comprend que cette envie de partager un moment de légèreté accompagne l'humanité depuis ses débuts.
Conclusion
La première blague connue de l'histoire n'est peut-être pas la plus raffinée selon les critères modernes, mais elle possède une valeur exceptionnelle. Gravée sur une tablette sumérienne il y a près de quatre millénaires, elle constitue le plus ancien témoignage écrit de l'humour humain actuellement identifié. Derrière sa simplicité se cache une vérité fascinante : les habitants des premières grandes civilisations riaient déjà des mêmes petits embarras du quotidien que nous.
Cette découverte rappelle que l'histoire ne se résume pas aux guerres, aux rois ou aux monuments. Elle est aussi faite de moments ordinaires, de conversations, de sourires et de plaisanteries échangées entre amis ou en famille. L'humour offre ainsi une fenêtre unique sur la vie quotidienne de nos ancêtres, révélant leur sens de l'observation, leur créativité et leur capacité à tourner en dérision les situations les plus banales.
Même si de nouvelles fouilles archéologiques permettront peut-être un jour de découvrir une plaisanterie encore plus ancienne, la célèbre blague sumérienne occupe aujourd'hui une place à part dans l'histoire de l'humanité. Elle nous rappelle qu'avant même les romans, les journaux ou Internet, les êtres humains cherchaient déjà à partager un sourire.